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Dépôt des dossiers de demande de visa : Les raisons d’une longue attente

Les retards enregistrés pour pouvoir obtenir un rendez-vous pour le dépôt de dossier de demande de visa France sont dus essentiellement aux «intermédiaires indélicats» qui réservent auprès de TLScontact en vue de tirer un bénéfice financier indu auprès des demandeurs. Ils ont sérieusement perturbé le bon fonctionnement de la procédure de demande de visa, assure l’ambassadeur de France à Alger.
L’obtention d’un rendez-vous dans des délais courts pour le dépôt de dossier de demande de visa France auprès de TLScontact est devenue une sérieuse préoccupation pour des dizaines de milliers d’Algériens. L’augmentation considérable de la demande a saturé le système. Mais pas seulement. L’ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt, a expliqué hier lors d’une rencontre avec des journalistes que «la demande des visas a explosé. Sur la période allant de 2012 à 2016, le nombre de demandes a été multiplié par deux.

Il a atteint l’année passée 594 629 demandes». Pour l’année en cours, il a été relevé 417 000 demandes de visas déposées jusqu’au 31 août, selon les chiffres fournis par les services consulaires. Si cette tendance se poursuit, le nombre de demandes dépassera de loin les 600 000 d’ici la fin de l’année.

Cette explosion de demandes a objectivement généré des retards énormes pour se voir fixer un rendez-vous pour le dépôt de dossier de visa. Une situation qui a mis TLScontact –prestataire de service externe– dans une difficulté à garantir la rapidité dans la réception des dossiers. Ce n’est pas l’unique raison de ces longues attentes qui pénalisent les demandeurs de visa. «Le bon fonctionnement de la procédure de demande de visa est perturbé par des intermédiaires indélicats qui réservent des rendez-vous auprès de TLScontact en vue d’en tirer un bénéfice indu auprès des demandeurs» révèle M. Driencourt.

Il est vrai que depuis quelque temps des «officines» et des «réseaux informels» ont carrément  créé un marché parallèle des rendez-vous de dépôts de visas, moyennant de grosses sommes d’argent. Ces intermédiaires «bloquent de nombreux créneaux et ne se présentent pas à la date prévue. Ce taux de non-présentation oscille entre 30 et 50%. Cette pratique se fait au détriment des demandeurs qui voient ainsi s’allonger les délais pour obtenir un rendez-vous», explique l’ambassadeur de France à Alger.

Pour la seule journée du 17 septembre, les trois consulats français (Alger, Annaba, Oran) ont enregistré une «moyenne de 40% de rendez-vous annulés pour non-présentation des demandeurs», indique-t-il encore pour expliquer l’ampleur du parasitage des intermédiaires clandestins et qui pénalisent les demandeurs directs.

Jusqu’au 31 janvier 2018, tous les rendez-vous proposés par TLScontact qui sont de l’ordre de 130 000 ont été déjà réservés et une part importante est «bloquée» par des «intermédiaires indélicats», assure l’ambassadeur qui indique que ses services consulaires ont pris des mesures d’urgence pour sortir de cette situation pénalisante pour les Algériens qui souhaitent se rendre en France.

Depuis le début de la semaine, «plusieurs centaines de créneaux journaliers ont été ouverts au public, permettant de prendre un rendez-vous dans un délai de 15 jours. Ce système sera pérennisé et des créneaux supplémentaires seront ouverts chaque semaine pour garantir l’existence de créneaux à disposition des demandeurs, assure Xavier Driencourt, pouvant ainsi permettre de dégager près de 30 000 rendez-vous supplémentaires d’ici la fin de l’année».

Les services consulaires prévoient un retour au rythme stable et normal à partir de janvier 2018. D’autres procédures et des efforts ont été également fournis pour accélérer la procédure au profit de certaines catégories de demandeurs de visas. «Elles concernent notamment des demandeurs appartenant à des institutions publiques algériennes ou à des entités économiques françaises et algériennes dont le déplacement en France revêt un caractère professionnel urgent entrant dans le cadre du développement de la relation bilatérale», précisent les services consulaires de l’ambassade de France.

«Des efforts très importants ont récemment été consentis pour permettre la délivrance de visas dans des délais très courts» en faveur des catégories citées et auxquelles s’ajoutent «des étudiants et les chercheurs, les conjoints, les enfants de ressortissants français et européens, les détenteurs de visas de circulation bénéficient alors de créneaux spécifiques pour se présenter dans des délais réduits après leur inscription sur le site de TLScontact», ajoute la même source.

Par ailleurs, le consulat général de France à Alger indique qu’il prend «en compte des situations individuelles urgentes et offre la possibilité d’avancer un rendez-vous sur la base de justificatifs pour les demandes à caractère humanitaire, médical, professionnel ou relevant des obligations internationales».

Autre sujet qui a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines : celui lié à la délivrance de visas pour les étudiants algériens souhaitant poursuivre leurs études en France. Le conseiller à la coopération culturelle et d’action culturelle, Grégor Trumel, a assuré que «le nombre de visas pour études est en augmentation constante. Sur la période de 2008-2016, le nombre a augmenté de 65%. En 2016, pas moins de 7431 visas long séjour pour études ont été délivrés. 31% de plus par rapport à 2015». Selon lui, le taux d’acceptations des demandes de visa est de l’ordre de 84%.

Du reste, l’ambassadeur de France, Xavier Driencourt, nommé pour la seconde fois en poste à Alger après le mandat de 2008 à 2012, a indiqué qu’il «n’est nullement dans l’intention de la France de réduire le nombre de visas accordés aux Algériens. La preuve en est dans l’explosion des demandes et les visas accordés qui vont en augmentant». Il est souligné aussi que le consulat général de France a lancé un appel d’offres pour trouver un autre prestataire de services en remplacement à TLScontact, en service depuis 2008.
 

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Le cri de colère des médecins

Le secteur de la santé est en ébullition. Le Syndicat national des praticiens de santé publique (Snpsp) monte au créneau pour annoncer la reprise des mouvements de protestation dans les tout prochains jours. Il dénonce à ce titre le manque de moyens dans les hôpitaux et l’insécurité dans les établissements de santé.
Le Syndicat national des praticiens de santé publique (Snpsp) annonce la reprise des mouvements de protestation. Le syndicat est en phase de finalisation de la consultation de ses instances pour mettre en place le calendrier de la protestation. Le conseil national du syndicat se réunira début octobre pour faire part des actions à mener, que ce soit au niveau du syndicat ou dans le cadre de la Confédération des syndicats algériens pour défendre les droits des travailleurs.

Dans une conférence de presse organisée hier au siège du syndicat à Alger, le docteur Merabet, président de cette formation, a exposé la situation de statu quo caractérisant tous les dossiers sur lesquels s’est engagé le syndicat et dont aucune réponse ne parvient encore du département de Hasbellaoui.

La rentrée sociale se déroule dans un contexte qui comporte tous les ingrédients d’une situation explosive. «De l’insécurité dans les établissements de santé à la pénurie de médicaments, le praticien de la santé publique est jeté à la vindicte populaire pour masquer le dysfonctionnement du système sanitaire», explique le Dr Merabet. Le Snpsp menace d’ailleurs d’organiser un mouvement de protestion si la détention préventive du Dr Ouali, gynécologue poursuivie dans l’affaire du décès, récemment, d’une femme enceinte à l’hôpital de Aïn Ouessara (wilaya de Djelfa) n’est pas levée.

Le syndicat a engagé un avocat pour la défense de la praticienne poursuivie pour négligence et non assistance à personne en danger «alors qu’elle n’était pas sur les lieux du drame». La suite du procès, qui se poursuivra demain, concerne tout le corps médical. «Nous ne pourrons plus travailler sous la menace de la justice», martèle le syndicaliste.

Maître Sidhoum, l’avocat engagé par le syndicat, estime que la mise sous mandat de dépôt d’un praticien de santé, pour non assistance à une personne en danger, se trouvant à un millier de kilomètres des lieux du drame est «un précédent grave dans l’histoire de la justice et de la santé». Il s’agit d’une «décision politique pour faire face à la pression de la rue et dissimuler les défaillances du système de la santé», explique le même avocat qui citera plusieurs autres défaillances dans l’enquête.

Une dose de chimiothérapie pour deux patients

Pour le Snpsp, les défaillances actuelles du système de la santé provoqueront d’autres affaires semblables à celle de Djelfa.
Le médecin est sans aucune protection, sous la pression des patients et leurs familles, en l’absence de moyens de prise en charge adéquate.

C’est également le corps médical qui doit faire face à la pénurie des médicaments et autres produits sanitaires, s’engageant parfois dans «des protocole de prise en charge non conformes», en l’absence de tous les moyens nécessaires. Le président du Snpsp révèle que dans la prise en charge des malades atteints de cancer, contrairement aux assurances des responsables du secteur qui se sont succédé, il faut attendre plusieurs mois (au moins trois) pour obtenir un rendez-vous pour les séances de radiothérapie, tandis qu’une dose de chimiothérapie est partagée entre deux patients, vu la rupture des traitements au niveau des centres concernés. «Où est le Plan cancer ?» s’interroge le Dr Merabet.

Le Snpsp plaide pour une loi sanitaire pouvant mettre fin à toutes les défaillances décriées depuis quelques années. Le texte doit clarifier la situation de complémentarité entre les secteurs public et privé. Il est également attendu de cette loi la révision du système de sécurité sociale pour garantir la pérennité du système de la santé publique.
 

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Ouyahia sur la corde raide

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, entame, aujourd’hui à l’Assemblée populaire nationale (APN), la plaidoirie pour son «plan de crise».
Ayant suscité par ses déclarations devant les partenaires politiques du gouvernement l’inquiétude de l’opinion sur l’avenir économique du pays, il devra trouver les «bons arguments» pour tenter de rassurer sur les options économiques prônées ces derniers jours. Sa tâche ne sera certainement pas aisée, même s’il part déjà rassuré que sa feuille de route sera adoptée par la majorité parlementaire acquise à la démarche.

Mais le premier responsable du gouvernement ayant participé à la gestion des affaires du pays en période d’opulence risque d’être malmené par les députés de l’opposition, qui ne rateront certainement pas l’occasion pour lui rappeler des vérités. Ne partageant pas les mesures économiques esquissées depuis l’adoption en Conseil des ministres du plan d’action du gouvernement, les partis de l’opposition s’apprêtent à dénoncer publiquement «les artisans de la faillite annoncée».

En effet, les chefs des partis de l’opposition qui se sont exprimés jusque-là sur le plan d’Ouyahia n’ont pas manqué de mettre en garde contre une remise en cause des acquis sociaux à travers la mise en œuvre d’une politique d’austérité susceptible d’élargir le cercle de la pauvreté dans le pays.

En plus de l’opposition, le Premier ministre devra s’adresser indirectement aux citoyens qui se montrent de plus en plus inquiets. Les derniers messages lancés sur «l’incapacité de l’Etat à payer les salaires des fonctionnaires», «l’absence de liquidités dans les caisses» et «le tarissement des recettes» n’ont fait qu’aggraver ce sentiment de peur dans la société. Quelle sera la teneur des messages que livrera Ahmed Ouyahia ? Réussira-t-il à restaurer la confiance qui lui permettra de mener «ses réformes» ? Wait and see.

En tout cas, le premier responsable du gouvernement est décidé à faire le forcing pour appliquer sa démarche. En effet, après avoir réuni les patrons et le secrétaire général de l’UGTA, Ahmed Ouyahia a rassemblé, à la fin de la semaine dernière, les partis politiques proches du pouvoir, en l’occurrence le FLN, le RND, le MPA et le TAJ. Il a même ressuscité la fameuse «Alliance présidentielle» dans l’espoir de faire taire, au sein de l’hémicycle et sur la scène nationale, toutes les voix discordantes.

Lors de cette rencontre à huis clos qui s’est tenue au Palais du gouvernement, Ahmed Ouyahia a confié à ses partenaires maison «des secrets» sur la réalité économique du pays. Ce faisant, il les a sensibilisés pour l’appuyer à l’APN afin de convaincre l’opinion nationale sur la nécessité d’opérer des réformes aux conséquences douloureuses sur le plan social.

En outre, Ahmed Ouyahia devra aussi apporter plus de précision sur la décision d’actionner «la planche à billets» pour pallier la rareté des liquidités nécessaires au règlement de la dette publique interne. Dans son plan d’action, il a tenté de rassurer sur le risque de voir l’inflation atteindre des niveaux insupportables.
Mais il ne s’est pas étalé sur le sujet. Son passage devant les parlementaires devrait être une occasion de s’expliquer et de tenter de convaincre les économistes «catastrophés» par la décision. Le Premier ministre devra aussi définir les objectifs de son plan d’action et les délais de leur réalisation pour faire sortir le pays de cette crise qui s’annonce longue et dure…

 

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Ça passe ou ça casse !

En quelques heures, le Premier ministre s’est senti obligé d’édulcorer son discours. Lors de la rencontre qu’il a tenue, mardi, avec les chefs des partis composant l’alliance présidentielle, Ahmed Ouyahia aurait tenu un discours de vérité qui en a dérouté plus d’un.
A commencer par des affirmations selon lesquelles le gouvernement n’aurait pas de quoi payer les salaires du mois de novembre prochain. Le Soir d’Algérie rapporte, dans son édition d’hier, que le Premier ministre a indiqué à ses interlocuteurs qu’avant la révision de la loi sur la monnaie et le crédit, les autorités n’avaient pas de quoi payer les salaires des fonctionnaires pour les deux derniers mois de l’année.

Une telle déclaration, rapportée certes sous le sceau de la confidence, a valeur d’une bombe. Car, certes, les Algériens savent que la situation financière du pays est réellement préoccupante, mais rares, en dehors des cercles initiés, sont ceux qui peuvent comprendre une telle cote d’alarme. Le Premier ministre est en effet plus alarmiste que tous les autres responsables qui sont passés à la tête du gouvernement. La déclaration est tellement grave que le Premier ministre s’est senti obligé de «recadrer» un tantinet son discours. Il a convoqué, hier, les journalistes des médias publics pour dire à peu près la même chose, mais en des termes plus recherchés. Ainsi, le Premier ministre admet que la situation est dangereuse.

Que le pays est dans «une impasse» qu’il a «dépassée». «La politique éclairée tracée par le chef de l’Etat a permis de trouver une sortie à l’impasse financière qu’a connue le pays et partant, poursuivre le processus de développement et préserver la politique sociale, la justice sociale et la solidarité nationale», a indiqué Ahmed Ouyahia. Sans doute conscient de l’impact que peuvent avoir ses propos sur le moral des Algériens, le Premier ministre a choisi d’autres mots. Au désespoir que peut provoquer la situation actuelle, il promet «l’espoir». A d’éventuels troubles qui peuvent naître d’une crise sociale, il oppose «la sérénité». «J’adresse aux Algériens un message d’espoir et de sérénité politique reposant sur des bases réalistes que nous aurons l’occasion d’expliquer ultérieurement», a-t-il indiqué.

Pourtant, ce langage de «vérité» existe dans toute la littérature gouvernementale produite depuis le retour de Ouyahia aux affaires. Même dans le plan d’action du gouvernement, le Premier ministre expose des chiffres qui donnent froid dans le dos. Il admet que le Fonds de régulation des recettes est épuisé. Que le recours au financement non conventionnel est une nécessité. Mais c’est la première fois que l’incapacité de l’Etat à verser les salaires des fonctionnaires est abordée. Cela fera sans doute date !
 

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Noureddine Boukrouh : «Combattre le 5e mandat ou la succession héréditaire»

Depuis quelques mois, Noureddine Boukrouh multiplie les contributions pour dénoncer la situation du pays après le quatrième mandat de Ab    delaziz Bouteflika. Dans cet interview, il revient sur les motivations qui l’ont poussé à s’exprimer de manière aussi tranchée.
Depuis 2011 et après une longue absence, vous avez repris votre plume pour vous exprimer sur les problèmes qui concernent autant l’Algérie que la région en général. Qu’avez-vous fait entre 2005 et 2011 ?

Effectivement, je n’ai rien publié dans la presse nationale entre 1999 et 2011, année du déclenchement des révolutions arabes que j’ai accompagnées en les commentant dans une bonne cinquantaine de contributions.

De décembre 1999 à avril 2005, je ne pouvais pas m’exprimer sur la politique nationale ou les évènements internationaux, car cela étant incompatible avec des fonctions officielles.

Je m’acquittais de mes tâches au sein du gouvernement et faisais même des «extras», puisqu’il m’arrivait de représenter le Président dans des manifestations internationales et de rédiger à sa demande des discours qu’il devait prononcer à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Une bonne vingtaine, je crois, car il aimait bien mon style.

Après ma sortie du gouvernement, je me suis rendu aux Etats-Unis pour récupérer auprès de la famille (de Malek) Bennabi un lot de documents et de manuscrits inédits qui n’ont pas été ouverts depuis sa mort et qui m’ont servi à finaliser un grand travail sur lui (L’islam sans l’islamisme : vie et pensée de Malek Bennabi, dont la préface a été signée par sa fille et l’introduction par un professeur d’université américain.

Ce legs m’a permis aussi d’offrir aux Algériens les Mémoires de Malek Bennabi au grand complet sous le titre Mémoires d’un témoin du siècle : l’Enfant, l’Etudiant, l’Ecrivain, les Carnets, en 2007. Seule la première partie en français (l’Enfant) et la deuxième partie en arabe (l’Etudiant) étaient connues d’un public restreint, car la première n’a pas été rééditée depuis 1965 et la seconde est sortie à Damas en 1970.

Je me suis ensuite consacré à mes propres écrits de 1970 à 2012 que j’ai regroupés en deux volumes, l’un traitant de l’islam (Que faire de l’islam ?) et l’autre de l’Algérie et des révolutions arabes (Réformer peuple et pouvoir). J’ai aussi voyagé en Corée du Sud et dans quelques pays arabes et européens.

Lorsque les révolutions arabes ont éclaté, j’ai réagi comme en 1979, quand je me suis rendu en Iran pour vivre de l’intérieur la révolution, et en 1980 en Turquie juste après le coup d’Etat. En 2011, il n’y avait pas lieu de se déplacer, car les révolutions se déroulaient dans plusieurs pays en même temps et les chaînes TV les retransmettaient en direct.

Il fallait juste bien analyser, ce qui m’a incité à exhumer quelques idées qui couvaient en moi depuis les années 1970 sur la thématique de la réforme de l’islam, étant donné sa profonde intrication avec la politique dans les pays musulmans. On ne modernisera pas les musulmans, et en particulier les Arabes et les Amazighs, si on ne modernise pas l’islam.

C’était prématuré dans les années 1970, il fallait que le contexte évolue, qu’il atteigne le point de rupture pour qu’enfin on réalise que sans une réforme intellectuelle et psychologique sans précédent, les Arabes et les Amazighs resteraient les derniers, en queue de peloton. J’ai alors publié, à titre de test, une quinzaine de contributions sur le sujet, en arabe et en français, dans les médias algériens qui ont suscité des remous dans les milieux islamiques.

Ces écrits ont été publiés l’an dernier sous forme d’un livre en français La nécessaire rénovation de l’islam et d’un autre en arabe Hatmiyattajdid al islam. Enfin, j’ai publié, l’an dernier, en arabe  Jawharfikr Malek Bennabi en deux volumes. Avec ça, j’en aurai fini avec la mise à disposition du public de la pensée bennabienne.

Depuis 2014, vos écrits se sont concentrés sur la situation politique en Algérie. Vous vous en prenez frontalement au système Bouteflika.  Qu’est-ce qui vous motive ?

Avant 2014 il y a 2013, année où j’ai publié un article au mois de juin sur la maladie du Président qui était encore en soins à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. Une campagne pour sa destitution pour cause de maladie battait son plein dans le pays, et un des ténors de l’analyse politique, Chafik Mesbah, polarisait l’attention avec une théorie de la transition assortie de propositions opérationnelles passant par la destitution du Président que je trouvais aussi illégale que farfelue.

J’ai alors rédigé un article sous le titre de «Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?», où je démontais son argumentaire et suggérais une autre démarche, car nous étions à dix mois de la fin du troisième mandat et une commission nommée par le Président avant son accident était déjà à l’œuvre sur le chantier de la réforme de la Constitution. C’est le seul article que j’ai écrit en 2013.

C’est pour vous dire que je n’avais rien contre le Président, que je ne développais aucune obsession ou vindicte contre lui, et que je l’ai défendu dans cet article et dans des émissions TV, notamment sur Ennahar TV.

Pour avoir fait partie de son gouvernement pendant plus de cinq ans et avoir eu le loisir de l’observer, l’étudier, l’analyser et même le pratiquer, je connaissais son attachement au pouvoir, mais pas au point qu’il mettrait sa personne sur un plateau de la balance et toute l’Algérie sur l’autre. Lorsque, en mars 2014, il fit connaître son intention de se présenter à un quatrième mandat dans l’état où il était, il n’était plus à mes yeux un homme malade physiquement mais, plus grave encore, mentalement. Du jour où il a proclamé sa candidature à aujourd’hui, j’ai publié une cinquantaine de contributions rien que sur lui et le quatrième mandat.

Ce qui me motive ? Je vous l’ai prouvé j’espère. Non pas une haine recuite contre lui ou une envie de le remplacer, comme s’illusionnent certains sur eux-mêmes, mais ce qui est devenu en moi une révulsion pour ce que symbolise désormais cet homme aux yeux des Algériens conscients et du monde qui nous observe : rester au pouvoir comme un obsédé agrippé à quelque chose qu’il ne lâchera qu’une fois mort. Un peu comme Harpagon avec sa cassette dans L’Avare de Molière.

Cet homme n’a plus ses esprits, ce qui lui reste de vie physique et d’activité cérébrale est investi en totalité dans la soupçonnite, le «twasswis», la méfiance systématique, la surveillance sur sa gauche, sa droite, derrière, devant, dessous, dessus, si quelque chose ou quelqu’un est susceptible de nourrir l’intention de lui arracher le sceptre, le sceau présidentiel, le titre et la fonction. Il n’a confiance qu’en son frère et en quelques personnages placés à la tête des institutions qui comptent à ses yeux. Peu lui importe notre sort, notre avenir, notre dignité parmi les nations, et cela est inacceptable, injuste, immoral, suicidaire…

Certains, dans le pouvoir, vous accusent de vouloir reproduire le scénario de l’été 1998. Etes-vous dans le même état d’esprit qu’il y a 19 ans ?

Mon état d’esprit n’a pas varié, il est le même depuis mon adolescence, depuis que j’ai commencé à critiquer le système politique algérien en 1971 avec des articles portant des titres comme «Le bon, la presse et le truand», «L’art de détruire», «La poule aux œufs d’or», «Psychologie des alpinistes» et d’autres. Quant à ceux à qui vous faites allusion, ce sont des mercenaires qui rappellent les frères Dalton.

S’ils étaient doués de la moindre intelligence, du plus simple bon sens, s’ils connaissaient la nature du pouvoir algérien et la presse indépendante, ils comprendraient qu’ils colportent des imbécillités qui ont pris les apparences de la vérité dans leur esprit débile à force de répétition et d’autosuggestion, car on ne fait pas tomber un pouvoir avec quelques articles et des interviews.

J’ai eu beau répondre à cette question depuis vingt ans, c’est chaque fois rebelote. «Plus c’est gros, mieux ça passe», disait Goebbels. Personne n’a eu l’idée de réfléchir sur la vraisemblance de cette rumeur devenue une légende, puis un fait établi de l’histoire moderne algérienne. Tout le monde m’accuse d’avoir joué un rôle dans le départ de Zeroual et de Betchine, sauf… les intéressés eux-mêmes. Ils sont encore en vie. Qu’en sera-t-il après leur mort ?

Vous êtes journaliste. Si j’avais joué ce rôle, cela implique que j’avais à ma botte l’ensemble de la presse qui m’avait publié. D’où tirerais-je un tel pouvoir ? Quel était l’intérêt de la presse à me laisser me servir d’elle pour faire tomber le président de la République ? A moins de supposer qu’elle était mon complice ou mon «manipulateur»… A l’époque, on racontait que j’étais soutenu par les généraux Lamari et Toufik… Et aujourd’hui ?

Des voix dans le pouvoir commencent déjà à monter au créneau. Des histoires vous concernant sont colportées dans certains médias. N’avez-vous pas peur ?

Peur de quoi ? De qui ? Quelles histoires ? Pourquoi sortiraient-elles aujourd’hui plutôt qu’en leur temps ? Pour me faire du chantage ? Pour me faire taire ? Pour me distraire de mon travail politique ? Pour me faire peur ? Il n’y a que des voyous et des bandits pour raisonner et agir de la sorte, pour utiliser des méthodes aussi viles et aussi lâches.

Je sais qu’ils peuvent inventer ce qu’ils veulent, car ils ont peur de l’élan qui est en train de se former dans le pays grâce, notamment, à mes écrits. Ils peuvent aller jusqu’aux moyens extrêmes, mais je ne répondrai à aucune provocation et continuerai de réfléchir, d’écrire, de publier et d’agir pour combattre la mafia qui s’est emparée du pouvoir et utilise les moyens de l’Etat contre quiconque se dresse sur son chemin, le chemin du cinquième mandat ou de la succession héréditaire.

Beaucoup d’Algériens, dont des politiques et des personnalités, appellent à une élection présidentielle anticipée. S’agit-il d’une solution, selon vous ?

Les appréciations de la solution sont nombreuses et diverses, et c’est pour cela qu’aucune ne s’est réalisée depuis l’indépendance à ce jour. Aucune ne couvre en entier le champ du problème auquel elle veut remédier. Il faut qu’il y en ait une seule : une seule et unique évaluation de la situation, débouchant sur une seule et unique solution, exécutée comme un mouvement d’ensemble. Nous sommes en présence d’un cas d’école, d’un cas pratique où l’on peut effectivement dire que l’histoire se répète.

Nous sommes dans la situation des Algériens en 1953, à la veille de la formation du Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA). Les partis politiques du mouvement national et les leaders politiques étaient des concurrents, voire adversaires les uns des autres, oubliant le colonialisme. C’est de ce blocage qu’est née l’idée du CRUA et, un an plus tard, un «front» trans-partisan était proclamé en vue de la réalisation d’un objectif unique : la reconquête de la souveraineté nationale.

Il faut s’inspirer de notre histoire tout en évitant les erreurs commises par nos aînés : les divisions ne mènent nulle part quand tout le monde souffre de la même chose. Hier, c’était le colonialisme, aujourd’hui, c’est le despotisme d’une mafia qui s’est emparé du pouvoir en se cachant dans l’ombre d’un homme malade. L’épisode Tebboune a révélé au monde que la maladie mentale n’était pas une vue de l’esprit, car un Président en possession de ses facultés ne procède pas comme ce qu’on a vu le mois dernier. Pour moi, c’est le grand tournant.

Une de vos contributions ayant le plus fait polémique est celle où vous parlez de l’armée que vous accusez de se mettre «au service d’un homme». Que faut-il demander aujourd’hui à l’institution militaire ?

J’ai dit dans cet écrit qu’il n’y avait pas que le coup de force pour dénouer une crise, mais que, conformément à nos traditions ancestrales et aux vertus du dialogue dont s’inspire notre diplomatie (à la manière des anciennes «tadjmâat»), certaines voix pourraient s’élever pour faire entendre raison au Président et le libérer de l’influence qu’exerce sur lui un groupe de personnes qu’on a vu à l’œuvre le mois dernier, lors de l’affrontement entre Tebboune et Haddad. Si cela a pu se produire, il faut s’attendre à n’importe quoi d’autre, y compris d’ordonner de tirer sur le peuple en cas de troubles.

Est-ce qu’il y a des initiatives visant à traduire, dans les faits, les idées que vous développez ?

Je n’en sais rien, mais je n’en vois aucune.
En ce qui me concerne, j’en ai annoncé une et j’y travaille. Nous sommes devant le défi de conquérir notre souveraineté populaire, notre souveraineté citoyenne, et une telle cause implique la plus large mobilisation et participation possible, car notre société est encore largement dépolitisée et fataliste. Il ne faut pas appeler le peuple à se soulever, mais à se réveiller, à ouvrir les yeux sur les dangers auxquels il est exposé par un groupe de personnes irresponsables.

Faut-il attendre que le mal se produise pour réagir, ou faut-il prendre les devants et agir avant que le mal n’arrive ? L’action se prépare, la réaction s’improvise. Mais les résultats de l’une et de l’autre ne sont pas les mêmes, ils peuvent même aller à l’encontre de ce qu’on souhaite. Les conséquences du soulèvement d’Octobre 1988 sont encore sous les yeux : la réaction de révolte ayant pris la place d’une action préparée dont les conditions n’étaient de toute façon pas réunies, il s’en est suivi un engrenage incontrôlable qui nous a conduits à la situation d’aujourd’hui.

L’Algérie est dans un état moral, économique et social pire que celui qui prévalait à la veille d’Octobre 1988. Moralement, parce qu’elle assiste impuissante à la déliquescence de l’Etat, comme cela n’était jamais arrivé avec un président détenteur de tous les pouvoirs mais malade, absent et ayant peut-être perdu la raison à en juger par les derniers événements.

Economiquement, parce que la richesse nationale est détournée au profit d’affairistes qui narguent la nation et se sont insinués dans les mécanismes de prise de décision au Parlement et à la présidence de la République.

Socialement, parce que la réduction des recettes pétrolières ne permet plus d’acheter la paix sociale, alors des mesures dures devront être nécessairement prises, elles feront monter en flèche l’inflation, détruiront la valeur du dinar et appauvriront tous les Algériens, à l’exception de la minorité constituée par des hommes politiques au pouvoir et des affairistes prédateurs qui s’enfuiront à l’étranger où ils ont placé de quoi vivre eux et leur descendance pendant mille ans. A l’extérieur, nos frontières sont menacées et Daech est désormais dans nos murs, comme on vient de le voir à Constantine et Tiaret.

Que faire devant cette situation qui dure depuis avril 2013 et que, du côté du pouvoir, on veut encore faire durer en préparant le prochain mandat ? Si le Président reste en vie, ce sera lui, sinon ce sera un des leurs issu de l’alliance entre la politique et l’argent sale qu’ils ont formée.

Il faut refuser ces deux options nuisibles à l’avenir du pays.
L’espoir c’est comme le blé, il ne pousse que si on l’a semé. Nous devons le créer, le produire, le fabriquer, le faire passer du stade du souhait, du désir, du rêve, à celui de l’action, de la réalité et du changement systémique.

Il manquait à cette nation un combat qu’elle n’a jamais livré, celui du projet de société, de l’idéal de vie dans un Etat de droit démocratique et social. Un tel combat ne se mène pas avec les armes, mais avec l’intelligence, la raison, la cohésion, la solidarité, la convergence des efforts, la compétence… Telle est en quelques mots la philosophie de l’initiative à laquelle je suis attelé et qui sera accompagnée des modalités de sa mise en application.
 

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